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Le Joker ou le rictus en forme de plaie béante

Joker est un film tout droit sorti des basfonds peu reluisants d’une vision lucide de la société. Projeté en 2019, ce long-métrage résume les premiers balbutiements qui ont fait naître ce sombre personnage de l’univers de DC Comics. On le connaissait comme figure seconde : le méchant qui répand terreur et chaos dans Gotham City, ville flétrie par le péché et la désolation. Le réalisateur Todd Phillips exhausse le Joker hors de l’espace où on le percevait toujours versus Batman. Ici, il est le héros — ou plutôt l’antihéros — dont on soupçonne d’emblée la défaillance mentale qui le mènera à l’accomplissement de son œuvre destructrice. Ce film conte l’ascension vertigineuse et renversante d’Arthur Fleck, le clown rieur compulsif, dont le rictus trace les contours d’une société perfide.

Le Joker : produit ou reflet de la société ?

L’homme naît naturellement bon et heureux, c’est la société qui le corrompt et le rend malheureux » nous dit Rousseau. Cette phrase résume à elle seule le spectacle sulfureux que nous offre Todd Phillips. En effet, le personnage principal, magistralement interprété par Joaquin Phoenix, contient en lui toutes les tares qu’engendre la société — cruelle au contraire de l’Homme. Le protagoniste n’échappe pas au déterminisme social qui le marque au fer rouge dès sa naissance, et fait de lui soit le reflet exact de Gotham City, soit l’entité monstrueuse qui éponge parfaitement le vitriol qui s’y déverse.

Joker est un astre que l’on pourrait situer en dehors de la voie lactée hollywoodienne. Ce long-métrage révèle un pouls et donne naissance à une figure projetée dans un océan de désespoir, et dans lequel le personnage se noie complètement pour reparaître dans une silhouette fluette, colorée et dansante sur fond musical teinté d’une poésie noircie par la structure sociale.