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Et du monde et de l’Absurde…

Albert Camus, qui n’est plus à présenter, a grandement contribué à l’enrichissement du paysage littéraire français ainsi que mondial. Il est le fondateur de ce qui est communément appelé « philosophie de l’Absurde« . Cette dernière se veut être un état d’esprit placide et passif devant la grande dynamique sociale qui enchevêtre l’individu dans des schémas répétitifs, aliénants, et l’éloignant de la perception lucide et vraie, toutes deux trouvant écho dans l’incompréhension du monde, l’illogisme, l’incohérence des faits.

Son roman L’Etranger, représente indéniablement l’Absurde, dans son total dénudement, avec ce qu’il comporte d’abscons et qui toutefois éblouit d’obvie langage et de prose soignée. Le personnage principal, Meursault, transporte son corps sur cette plage, ça et là, comme il transporterait un objet d’un endroit à un autre tout en hallucination, sans se rendre compte des déplacements qu’il effectue. Il y est décrit abasourdi, et où sa conscience « avait jeté l’ancre dans un océan de métal bouillant ». Les actes semblent naître dans un élan brisé, décousu, qui porte Meursault à appuyer sur une gâchette qui finalement ne change pas grand chose à son état initial –apathique.

Une mère meurt, un meurtre est commis, un soleil saigne sur les événements, mais le cœur ne palpite plus depuis la découverte que ce ‘tout’ n’est ‘rien’, que le monde n’est qu’une farce, qu’une suite de balbutiements inertes qui n’offrent que le simulacre d’une action, que l’illusion d’un mouvement, qu’une représentation que trop imparfaite de ce que peut offrir le mythe de la réalité.

Camus, dans son écriture, semble –le sachant ou pas, car étant lui-même un fragment de son personnage- utiliser un langage poétique qui suscite la beauté descriptive des choses et des objets, et de ce qui est environnant, tout en réduisant le caractère émotif, comme pour montrer qu’un être humain, la mort, le soleil, un vapeur, un coup de feu, le malheur ou le bonheur, se confondent dans la substance qui les fait, n’ayant en fin de compte que la forme pour les distinguer.

Les petits riens, comme les faits qui nous semblent graves, montrent tout l’intérêt de l’auteur à retranscrire l’incongruité du monde réel dans cet espace aliéné qui ne fait, en fin de compte que retentir dans le bocal de l’existence brève et sans importance, de l’Homme moderne, ce dernier se prenant pour le centre de l’univers, alors qu’il n’est qu’une poussière égarée qui se laisse ballotter au gré du déterminisme dictateur.

La philosophie de l’Absurde, c’est l’absurdité des faits, c’est la désarticulation de l’être, c’est l’inconfort constant devant ce semblant de confort chez les autres. L’organisation n’étant qu’une forme apparente des sociétés, c’est par son trait dissimulé, perçu par celui qui découvre l’Absurde, qu’elle lui offre son vrai visage, à savoir celui du désordre.