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L’enfer — c’est ici, maintenant, et — c’est les autres : Huis Clos de Jean-Paul Sartre

Garçin, le lâche, qui se veut héros, Estelle, l’infanticide, qui s’enrobe et se love dans la vanité et la haute estime de soi, sont complètement dénudés en face de l’autre, le monde, qui sont ici représentés par Inès.

L’omniprésence du regard que l’on reçoit contre soi, nous fait et nous façonne : Garçin, sans la présence d’Inès, aurait un jugement louable de lui-même, se considérant sans nul doute comme un révolutionnaire; de même pour Estelle, qui s’autorise l’amnésie quant à ses actes horribles. Ces bons sentiments existent bel et bien, mais seulement quand l’autre n’existe pas, et c’est en cela que l’existentialisme sartrien avec son énoncé l’enfer c’est les autres, tente d’expliquer l’un des rouages responsables dans la manière dont nous sommes faits et avec laquelle on se construit un moi, piégés à jamais avec ce regard, bien que dépourvu de manichéisme, et qui nous semble néfaste, car nous aimons à l’incriminer de notre malheur, alors qu’il est une constante concomitante à notre bien-être et à notre mal-être.

Plus encore, l’expression l’enfer c’est les autres va au-delà d’un malheur ou d’un bonheur, elle ne représente finalement qu’un mécanisme social qui projette chez les uns et les autres des individualités qui se croient indépendantes et libres, alors qu’elles sont enchaînées par ce rapport invisible et à la fois très puissant, que sont le regard, celui qui le porte, et ce qu’il porte en lui.